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 Manuel Ruiz Vida

…Obsédé par le temps qui passe et les traces qu'il laisse sur les choses. II aime la rouille…, la moisissure, les taches, les façades décrépies, les auréoles d'humidité ocrant les murs, les lambeaux de papier peint, tout ce qui témoigne d'une desquama­tion ou d'une détérioration produites, indirectement ou directement, par l'activité humaine. Cela finit par consti­tuer un monde où son regard se réfugie, un lieu tendre et simplement poétique, accueillant, fraternel et humain.L'objet comme support et la lumière comme révéla­teur du temps, une lumière née des couches colorées superposées, grattées, où se mêlent les reflets subtils et les contrastes violents. Ainsi éclairés, l'ustensile ou le paysage industriel réfutent toute nostalgie : il n'y a là aucun regret de ce qui a été, mais au contraire une admiration pour ce qui est - ou pour ce qui devient, car ces objets et ces paysages, comme nous, n'en finissent pas de vieillir. Comme nous, ils sont constitués d'une succession de traces, souvent invisibles, que seule la lumière dévoile. Mais encore faut-il accepter que la lumière soit. La recherche, ici, est celle du temps présent… 

 

Son oeuvre naissante, d’abord influencée par l’art ibérique, ocre et brun, dominée par les ombres goudronneuses, a trouvé il y a deux ans sa véritable voie. Il peint maintenant ce qui l’entoure, ses paysages familiers, les entrepôts du port…, les cuves rouillées, les friches industrielles, les engins de chantier ou les seaux et les bidons maculés de taches qu’il utilise dans son atelier. Manuel Ruiz Vida peint le temps qui passe et les traces qu’il laisse sur les choses. Mais ce n’est pas n’importe quel temps. La rouille, l’usure, le vieillissement renvoient à la sueur, au sang, à la fraternité d’un monde ouvrier dont les heures sont comptées-mais aussi aux transparences, aux recouvrements, aux grattages, aux coulures de la peinture. Manuel Ruiz Vida peint ce qui disparaît, comme s’il fallait qu’il en soit la mémoire, parce qu’il aime voir la lumière blanche caresser les objets les plus ordinaires, parce qu’ il aime cette poésie-là, à la fois tendre et rude, simplement offerte à tous mais si difficile à restituer sans en affaiblir la sourde délicatesse.

 

Olivier Cena. Extraits « Le temps à l’œuvre » Télérama n°2868, janvier 2005

 

 

D’origine espagnole, Manuel Ruiz Vida vit et travaille à Marseille.

 

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